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Cher(e) ami(e) du Tao,

Vous avez déjà vu ces listes.

Vous les avez peut-être même sauvegardées dans un coin de votre téléphone.

« Les 10 superaliments pour booster votre immunité. »

Le curcuma, l’épice qui change tout.

Pourquoi vous devriez manger des graines de chia chaque matin.

Et la semaine suivante, un autre article, une autre liste, un autre aliment miracle qui contredit le précédent.

Chaque mois un nouveau sauveur, chaque saison un nouveau coupable. 

Le gluten.

Le lait.

Le sucre.

Les lectines.

On ne sait plus ce qui nourrit et ce qui empoisonne.

On cherche la bonne liste, la liste définitive, celle qui marchera pour tout le monde, une fois pour toutes.

La médecine chinoise dit : cette liste n’existe pas.

Et c’est peut-être la meilleure nouvelle que vous entendrez aujourd’hui.

Un même repas, deux histoires

Claire et Nathalie travaillent dans le même bureau.

Un midi de novembre, elles déjeunent ensemble.

Le même plat : une soupe au gingembre, des légumes sautés, du riz.

Claire se sent réchauffée.

La digestion est légère, l’énergie revient pour l’après-midi.

Elle se dit que cette soupe, c’est exactement ce qu’il lui fallait.

Nathalie, en face, n’a pas la même expérience.

Des bouffées de chaleur lui montent au visage. 

Sa bouche est sèche, ses joues rouges.

Elle boit verre d’eau sur verre d’eau sans que la soif passe.

Elle se dit qu’elle a dû manger quelque chose qui ne lui convient pas.

Même repas.

Même table.

Deux corps, deux réactions opposées.

En diététique conventionnelle, c’est difficile à expliquer.

On invoquera une intolérance, une sensibilité individuelle, un hasard. 

En MTC, c’est limpide.

Claire a ce que la médecine chinoise appelle un terrain « froid » : elle est frileuse, sa digestion est lente, elle manque d’élan. 

Le gingembre, de nature chaude, est exactement ce dont son corps avait besoin.

Il a réchauffé ce qui était refroidi, relancé ce qui stagnait.

Nathalie a un terrain « chaud » : bouffées de chaleur, agitation, soif fréquente, sommeil léger.

Le même gingembre a rajouté du feu là où il y en avait déjà trop.

Ce qui a nourri l’une a déséquilibré l’autre.

Le gingembre n’est ni bon ni mauvais.

Il est chaud. 

La question n’est pas « est-ce que le gingembre est sain ? ».


C’est : « est-ce que cette personne-là a besoin de chaleur en ce moment ? »

Une autre façon de regarder l’assiette

La diététique occidentale regarde un aliment et compte : des calories, des protéines, des vitamines, des minéraux, des antioxydants. 

C’est utile.

Mais c’est une lecture de la substance : ce que l’aliment contient.

La diététique chinoise regarde le même aliment et pose trois questions différentes.

Quelle est sa nature ? 

Est-il froid, frais, neutre, tiède ou chaud ? 

Une pastèque est froide ; elle rafraîchit le corps.

Un agneau est chaud ; il le réchauffe.

Un riz est neutre ; il s’adapte à tous.

Quelle est sa saveur ? 

Pas seulement le goût sur la langue, mais l’effet dans le corps.

L’acide resserre et retient (il va au Foie).

L’amer assèche et fait descendre (il va au Cœur).

Le doux nourrit et harmonise (il va à la Rate).

Le piquant ouvre et fait circuler (il va au Poumon).

Le salé ramollit et attire vers le bas (il va aux Reins). 

Cinq saveurs, cinq systèmes ; vous reconnaissez la grille des lettres précédentes.

Et chaque saveur, en excès, déséquilibre le système qu’elle est censée nourrir.

Trop d’acide crispe le Foie au lieu de le soutenir.

Trop de doux engorge la Rate au lieu de la nourrir. 

C’est la même logique que pour les émotions : le mouvement juste équilibre ; le mouvement excessif déséquilibre. 

Manger, en MTC, c’est doser.

Quel est son mouvement ? 

Est-ce qu’il fait monter le Qi, le descendre, le concentrer, le disperser ? 

La menthe fait monter et disperser ; elle libère la surface.

La poire fait descendre ; elle apaise le Poumon.

Le vinaigre resserre ; il retient ce qui fuit.

Un aliment n’est pas un apport de nutriments.

C’est un geste. 

Manger de la menthe quand on a de la chaleur au Poumon, c’est un acte de soin aussi précis, à sa manière, qu’une aiguille posée au bon endroit. 

Manger cette même menthe quand on est déjà froid et épuisé, c’est aggraver le déséquilibre.

Chaque repas est une conversation entre un aliment et un corps.

La MTC apprend à écouter cette conversation.

Et voici ce qui donne à cette conversation toute sa richesse : on peut la modifier.

La cuisson change la nature d’un aliment.

Une carotte crue est fraîche ; cuite longuement dans un bouillon, elle devient tiède et nourrissante.

Une poire est froide ; pochée au four avec une pointe de cannelle, elle se réchauffe et devient acceptable même pour un estomac frileux. 

La cuisine, dans cette logique, n’est pas seulement une affaire de goût ; c’est un art d’adaptation. 

On ajuste la matière au corps qui va la recevoir, comme on accorde un instrument avant de jouer.

C’est ce qui rend cette approche vivante plutôt que rigide.

Vous n’êtes pas condamné à éviter un aliment parce qu’il est « froid ».

Vous pouvez le transformer, le combiner, le préparer autrement. 

La MTC ne dresse pas des listes d’interdits ; elle donne des outils de cuisine.

La fin des superaliments

Voici la clé de lecture qui change tout, et qui distingue la diététique chinoise de toutes les approches que vous connaissez.

Ce n’est pas une pensée de la substance (cet aliment contient telle molécule, donc il est bon).

C’est une pensée de la relation (que se passe-t-il quand cet aliment rencontre ce corps-là, dans cet état-là, à cette saison-là ?).

C’est pour cette raison qu’il n’y a pas de superaliment en MTC.

Le goji, dont on vante les vertus partout ?

Il nourrit le Yin et le Sang, ce qui est précieux pour quelqu’un en déficit (fatigue profonde, sécheresse, vide).

Pour quelqu’un qui n’en a pas besoin, c’est au mieux inutile, au pire encombrant pour la digestion.

Le thé vert, symbole de santé ?

Il rafraîchit et draine, ce qui aide un terrain chaud et humide.

Pour un terrain froid et fragile (la personne frileuse, à la digestion lente), il refroidit ce qui avait justement besoin de chaleur.

Le cru, les jus verts, les salades ?

Excellents pour un corps en excès de chaleur, en plein été.

Mais pour une Rate déjà ralentie par l’hiver ou par la fatigue, c’est un travail supplémentaire : le corps doit d’abord réchauffer ce qu’on lui envoie avant de pouvoir le transformer.

L’énergie dépensée à réchauffer est de l’énergie qui ne nourrit pas.

La question n’est jamais « quoi manger ? ».

C’est « qui mange ? ». 

Et aussi « quand ? », car vous vous souvenez de la lettre sur les saisons : le corps ne demande pas la même chose en janvier et en juillet.

L’hiver appelle le cuit, le chaud, le nourrissant.

L’été accepte le cru, le frais, le léger.

Ce n’est pas seulement parce que les produits changent ; c’est parce que le corps, lui, change de rythme.

Le matin le plus simple du monde

Il y a un geste que les Chinois pratiquent depuis des siècles et qui surprend toujours les Occidentaux : la soupe chaude au petit-déjeuner.

Ou la bouillie de riz, le congee, ce plat d’une simplicité presque déconcertante (du riz cuit longtemps dans beaucoup d’eau, jusqu’à devenir une crème douce et tiède).

En Occident, on trouve ça étrange.

Le matin, c’est le café, le jus d’orange froid, les céréales dans du lait glacé.

On envoie du froid et du cru à un corps qui vient de passer huit heures en mode ralenti.

Puis on s’étonne d’avoir un coup de barre à dix heures.

En MTC, le matin est le moment où la Rate s’éveille.

Elle a besoin de douceur et de chaleur pour se mettre en route, comme un moteur qu’on ne démarre pas à froid. 

Le congee lui offre exactement cela : un aliment tiède, neutre, facile à transformer, qui lance la journée sans effort. 

Dans les hôpitaux chinois, c’est le premier repas qu’on donne aux convalescents.

Non pas parce qu’il contient des nutriments exceptionnels, mais parce qu’il demande si peu d’effort au corps que toute l’énergie peut aller vers la guérison.

Ce n’est pas une prescription.

C’est un exemple de ce que signifie penser en termes de relation plutôt qu’en termes de substance. 

Le congee n’est pas un superaliment ; c’est le bon geste, au bon moment, pour le bon système. 

Et c’est cette logique (le bon geste pour la bonne personne au bon moment) qui traverse toute la diététique chinoise, du petit-déjeuner au remède.

Votre assiette n’a rien d’universel

Repensez aux listes.

Aux classements.

Aux injonctions.

« Mangez ceci. »

« Évitez cela. » 

Toujours les mêmes conseils pour tout le monde, comme si tous les corps étaient interchangeables.

La MTC propose l’inverse : il n’y a que des cas particuliers. 

Votre assiette idéale n’est pas celle de votre voisin, ni celle d’un article lu ce matin.

Elle dépend de votre terrain, de votre saison intérieure, de ce que votre corps traverse en ce moment.

Vous n’avez pas besoin de maîtriser la théorie des natures et des saveurs pour commencer. 

Observez simplement ce que votre corps vous dit après un repas. 

Pas ce que votre tête pense (c’était sain, c’était bio, c’était dans la liste) ; ce que votre ventre, votre énergie, votre humeur racontent une heure plus tard.

Vous sentez-vous léger ou lourd ?

Réchauffé ou refroidi ?

Dynamisé ou assommé ?

La réponse est déjà là.

Elle a toujours été là. 

La diététique chinoise ne vous demande pas de suivre un régime ; elle vous demande de recommencer à écouter ce que votre corps sait depuis toujours.

Et si l’aliment parle au corps, le corps répond.

La réponse la plus fine, la plus ancienne, la plus surprenante, se lit au bout de trois doigts posés sur un poignet. 

Dans la prochaine lettre, nous découvrirons comment le pouls raconte ce qu’aucun scanner ne voit.

Esther Chen

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1 commentaire

  • Liliane dit :

    Merci beaucoup pour cet enseignement, je comprends maintenant pourquoi le thé vert n’est pas « ma tasse de thé »!!!
    Avez-vous un livre, des sources à nous suggérer en lien avec cette thématique ?
    Avec mes pensées les meilleures.
    Liliane.

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